Magnificat, Motet à 5 et Grandes Cantates

 

Académie BACH, du 5 au 14 août 2010

(répétitions publiques horaire disponible ci-contre)

 

Concerts:

 

Vendredi 13 août, 19h

Samedi 14 août, 18h

 

Porrentruy, ancienne église des Jésuites

Académie Bach dirigée par Michael Radulescu

 

Marni Schwonberg, soprano

Lucia Napoli, soprano

Pia Hansen, alto

Raffaele Giordani, ténor

Benoît Arnould, basse

 

Chœur et orchestre de l’Académie, Michael Radulescu, direction

Bénédicte Pernet et Frédéric Martin, premiers violons

 

Places à 20 / 30/ 40 CHF

Réduit : 5.- de rabais

 

 

 

 

J.S. BACH 

Magnificat BWV 243

Motet à 5 “Jesu meine Freude” BWV 227

Cantate “Wir danken dir”, BWV 29

Cantate « Wir müssen durch viel Trübsal » BWV 146

 

 

 

 

Orchestre                    

premiers violons                   Frédéric Martin, Bénédicte Pernet, Rachèle Cartry

seconds violons                     Nelly Cagneaux, Michel Reuter, Dominique Manière

altos                                        Françoise Temperman, Marie-Laure Besson, Jean-François Mein

violoncelles                            Stefan Punderlitschek, Jean Gaudy

contrebasse                          Véronique Gautheron

traversos                                Sarah van Cornewal, Renate Sudhaus

hautbois                                 Pierre von Niederhäusern, Thierry Benoît, Kim Minhye

basson                                    Marie-Claire Renisio

clavecin                                  Eriko Wakita

orgue                                      Gabriel Wolfer

trompettes                            Borsódy László, Winkler Balázs, Félégyházi Bence

timbales                                 Jacques Hostettler

 

Chœur

sopranes                                 Marni Schwonberg, Florence Favre, Aurélie Gerber, Liliane Gerber, Cassandre Stornetta, Catherine Wolfer

altos                                         Pia Hansen, Lucia Napoli, Jocelyne Berberat-Kleiber, Marie-Laure Cattin,  Ludivine Daucourt, Anne Wolfer

ténors                                      Raffaele Giordani, Baltazar Zuniga, Christian Brams, François Etique, Patrick Willemin

basses                                      Benoît Arnould, Maxime Grand, Maximilien Müller, Martin Pulver, Christian Rossel

 

 

 

MAGNIFICAT pour un double anniversaire

Concerts 2010 de l'Académie Bach de Porrentruy à l’ancienne église des Jésuites

 

 

Devenue une véritable institution culturelle à Porrentruy, l'Académie Bach aura lieu début août prochain à l'Ancienne Église des Jésuites. A cette occasion, deux cantates « Wir danken dir » BWV 29, et « Wir müssen durch viel Trübsal » BWV 146, ainsi que le motet « Jesu meine Freude » BWV 227 et le « Magnificat » BWV 243 seront interprétés lors des concerts finaux, les 13 et 14 août 2010, respectivement à 19 h 00 et 18 h 00. Ceux-ci seront précédés, le 8 août 2010 à 20 h 00, d'un récital d'orgue donné par Michael Radulescu en ouverture au travail des soli, chœur et orchestre de l'Académie,  également à l'Ancienne Église des Jésuites de Porrentruy. L’Académie Bach 2010 présente un programme particulièrement festif, puisque elle célèbre à la fois le 25ème anniversaire de l’orgue Ahrend et le 20ème anniversaire des activités conduites par Michael Radulescu dans la cité des Princes-Evêques.

 

En effet, cela fait 20 ans que M. Radulescu, musicien, chef d'orchestre et compositeur, vient distiller sa profonde connaissance de la musique de Jean-Sébastien Bach et son savoir-faire d'organiste autour de l’orgue de l’ancienne église des Jésuites. Année après année, des générations d'organistes, de chanteurs et de musiciens ont ainsi fait le voyage de Porrentruy (JU). La raison de cet engouement tient à la construction de l'orgue réalisée, il y a 25 ans exactement, selon les plans de G. Silbermann (1730), par le célèbre facteur allemand Jürgen Ahrend. L'initiative de cette reconstruction revient à Paul Flückiger, alors Président de la Fondation Pro Musica.

 

En août 2010, le public entendra un programme articulé sur une symétrie centrale: alors que la cantate initiale « Wir danken dir » et le « Magnificat » finale se répondent en épousant une esthétique festive et virtuose caractérisée par une instrumentation généreuse comprenant cuivres et timbales, le cœur du concert occupé par la cantate « Wir müssen durch viel Trübsal » et le motet à 5 « Jesu meine Freude » est constitué d'œuvres plus méditatives où se manifestent doutes et troubles dans la foi, liés aux épreuves de l'expérience humaine. La première cantate et le « Magnificat » ont tous deux été écrits à l'occasion de fêtes : l’une en 1731, pour célébrer une élection du Conseil de Ville de Leipzig où Bach était maître de chapelle, et l’autre pour la fête de Noël de 1723 sur le texte de la célèbre action de grâce de Marie. Quant à la deuxième cantate et au motet, ils ont en commun l'inspiration d'une prière réconfortante, issue pour la cantate d'un poème anonyme librement inspiré d’un passage de l'Évangile et pour le motet d'un texte du poète J. Franck mêlé à un extrait de l'Épître aux Romains.

 

 

Cet important évènement musical qui, par son contenu, s'inscrit dans la tradition des concerts spirituels, offre l'occasion de méditer sur des questions profondes de l'humanité chrétienne médiatisées par une ingénieuse rhétorique et un art admirable de la fresque musicale qui se veulent explicatives et démonstratives, allant parfois jusqu'à la théâtralité. Ainsi, dans le « Magnificat », un chœur entier illustre avec ampleur la multitude des nations désignée par le seul syntagme « omnes gentes ». Dans la même pièce, la douceur de la miséricorde divine est délicatement exprimée par le chœur de femmes du « suscepit Israël ». On notera aussi quelques autres points d'orgue à déguster lors de ces concerts: les « sinfonia » des deux cantates constituent chacune un mouvement de concerto entre l'orgue et l'orchestre, alors que la construction du motet « Jesu meine Freude » développe successivement plusieurs variations sur un même choral. Ce programme est donc construit aussi pour mettre en lumière le fameux instrument de Ahrend qui sonne aussi bien en continuo qu’en solo.

 

L'ingéniosité de cette musique et la profondeur des textes ne sauraient éclipser le talent et la ferveur des interprètes internationaux de ces instants musicaux. La personnalité  de Michael Radulescu s'est entourée de chanteurs et musiciens de renom qui partagent l'esprit à la fois inspiré et profond de son travail de l'œuvre de Bach: on entendra en particulier Marni Schwonberg et Lucia Napoli, soprani ; Pia Hansen, alto ; Raffaele Giordani et Baltazar Zuniga, ténors ainsi que Benoît Arnould, basse. Quant à l'orchestre, constitué uniquement d'instruments anciens, il sera mené par Bénédicte Pernet et Frédéric Martin, deux personnalités attachées à la vie de l’Académie Bach de Porrentruy. Il est à signaler que l'ensemble des répétitions sont ouvertes gratuitement au public, ce qui permet à chacun de suivre la mise en place de ces concerts et de s’imprégner des œuvres travaillées.

 

Maxime Grand

 

 

Les interprètes

 

Orchestre                    

premiers violons                   Frédéric Martin, Bénédicte Pernet, Rachèle Cartry

seconds violons                     Nelly Cagneaux, Michel Reuter, Dominique Manière

altos                                       Françoise Tempermann, Marie-Laure Besson, Jean-François Mein

violoncelles                            Stefan Punderlitschek, Jean Gaudy

contrebasse                           Véronique Gautheron

traversos                                Sarah van Cornewal, Renate Sudhaus

hautbois                                 Pierre von Niederhäusern, Thierry Benoît, Kim Minhye

basson                                    Marie-Claire Renisio

clavecin                                  Eriko Wakita

orgue                                      Gabriel Wolfer

trompettes                             Borsódy László, Winkler Balázs, Félégyházi Bence

timbales                                 Jacques Hostettler

 

Chœur

sopranes                                 Marni Schwonberg, Florence Favre, Aurélie Gerber, Liliane Gerber, Cassandre Stornetta, 

                                                Catherine Wolfer                                                                                            altos                                        Pia Hansen, Lucia Napoli, Jocelyne Berberat-Kleiber, Marie-Laure Cattin,         

                                                Ludivine Daucourt, Anne Wolfer

ténors                                     Raffaele Giordani, Baltazar Zuniga, Christian Brams, François Etique, Patrick Willemin

basses                                     Benoît Arnould, Maxime Grand, Maximilien Müller, Martin Pulver, Christian Rossel

 

 

                                                                                                                                                                                              

 

L’Académie J.S. Bach de Porrentruy fête, cette année, son 20ème anniversaire et de surcroît, les 25 ans du fameux Orgue Ahrend de l’ancienne église des Jésuites. Ce contexte détermine le choix du programme de ce concert. D’une part, nous voulons évoquer et faire revivre la lumière, l’éclat, la jubilation et la virtuosité des instruments solistes (orgue, traversos, hautbois, trompettes, violons) et « ripienistes », et des chanteurs solistes et du chœur. D’autre part, il est dédié à la profonde spiritualité de la musique de Bach, à la profonde gratitude, à la reconnaissance de la méditation intime et immédiate de chacun de nous, interprètes et auditeurs, dans l’esprit du message de la musique de Bach.

La cantate « Wir danken dir, Gott, wir danken dir », BWV 29 fut composée à Leipzig à l’occasion de l’élection annuelle du nouveau conseil municipal de la ville en 1731 et fut exécutée la première fois le
27 août de la même année. Le texte, anonyme, rend grâce à Dieu, adresse des louanges aux autorités municipales et à la ville, tout en implorant la grâce et l’amour divins afin de guider les autorités élues. L’œuvre se termine par un majestueux choral en tutti se basant sur la dernière strophe (la traditionnelle doxologie évoquant la Trinité) du choral « Nun lob, mein Seel, den Herrn ». La Sinfonia instrumentale qui précède le grand premier Chœur est extrêmement brillante. Elle est une somptueuse transcription du Prélude de la Suite pour violon solo en mi majeur pour grand orchestre. Elle attribue la partie originale de violon à l’orgue soliste. Le chœur qui suit est basé sur le 2ème verset du Psaume 75 et sera réutilisé plus tard dans la Messe en Si mineur dans Gratias et Dona nobis pacem. Ici, J.S. Bach fait vraisemblablement allusion aux Psaumes, à l’ancien Testament en utilisant le style vocal des siècles précédents, le « a cappella » ou stile antico. La jubilation du violon et du ténor solistes est remarquable dans l’aria qui suit et qui sera à son tour reprise, en raccourci, par l’alto solo et le solo de l’orgue. L’aria de soprano placée au centre de la cantate est touchante par sa douceur, par son gracieux rythme de Sicilienne : une émouvante prière implorant l’amour et la grâce.

La cantate „Wir müssen durch viel Trübsal“, BWV 146, composée à Leipzig entre 1726 et 1728 pour le dimanche Jubilate sur un texte d’un auteur inconnu, est particulièrement intéressante. La grande Sinfonia initiale est une magistrale transcription du 1er mouvement d’un concerto écrit à l’origine pour violon solo & cordes, actuellement connu seulement dans la version du célèbre concerto pour clavecin & cordes en ré mineur, BWV 1052. La partie originale du violon solo est d’une extrême virtuosité. Elle révèle la forte influence d’Antonio Vivaldi et est confiée ici à la main droite de l’organiste. Le Chœur qui suit a aussi pour origine le 2ème mouvement du même concerto de violon/clavecin BWV 1052. La façon dont J.S. Bach réussit à superposer un impressionnant chœur à 4 voix à l’ostinato orchestral et à la partie soliste de l’orgue (à l’origine violon/clavecin) est un vrai miracle. Le résultat est une plainte d’une émouvante expressivité. Les autres mouvements de la cantate, par la virtuosité du violon solo, de la flûte traversière, des cordes et des chanteurs solistes sont également remarquables. Comme dans la majorité de ses cantates de Leipzig, J.S. Bach conclut ce magistral cheminement « des ténèbres vers la lumière » par un choral en « tutti » aussi simple que solennel. Ce dernier est basé sur le cantus firmus de « Werde munter, mein Gemüte » mais le texte manque dans les sources originales. Nous avons donc choisi comme doxologie finale le texte d’une strophe louant la Trinité.

Le motet « Jesu, meine Freude » est peut-être l’œuvre la plus accomplie dans les motets de Bach, au point de vue architectural, par la densité de son message théologique, sa profondeur et la maîtrise technique du compositeur. L'œuvre a été composée à Leipzig en 1723 pour le service commémoratif de Johanna Maria Rappold, fille du recteur de l’école St-Nicolas. A l’occasion de ce service qui eut lieu le 18 juillet 1723, le surintendant Deyling eut comme fil conducteur dans sa prédication le 11ème verset du 8ème chapitre de l’épître de St-Paul aux Romains. Bach fait vraisemblablement allusion à ce sermon et fait alterner dans son motet les 6 strophes du choral « Jesu, meine Freude » avec les versets 1, 2, 9 - 11 du même chapitre de l’épitre. La cohérence de la combinaison des deux textes qui semblent se compléter réciproquement est surprenante, tout comme l’impressionnante symétrie de l’œuvre autour de l’émouvante fugue « Ihr aber seid nicht fleischlich, sondern geistig ». Celle-ci représente l’axe de symétrie, le noyau, le « cœur spirituel » de l’œuvre :

Choral       chœur    Choral       soli        Choral         Chœur      Choral       soli        Choral           chœur    Choral

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L’approche fortement affective du message théologique de l’œuvre est également impressionnante, celle-ci étant un magnifique exemple du discours musical de la « Klangrede » essentielle pour l’exégèse dans le baroque allemand luthérien.

Dans l’ancienne pratique liturgique luthérienne, la coutume était de chanter aux vêpres le Magnificat en allemand, dans une version très simple. Par contre, à l’occasion des Grandes Fêtes, c’est l’ancien texte latin qui était mis en musique. Une musique au caractère solennel et représentatif. Le Magnificat BWV 243 fut écrit à l’origine en mi bémol majeur. Cette version contenait, parmi les mouvements en latin, aussi 4 mouvements en allemand basés sur des textes et cantus firmi de Noël. Cette version a été exécutée pour la première fois, en 1732, à Noël, sous la direction de J.S. Bach en sa qualité de nouveau cantor à St-Thomas de Leipzig. La deuxième version, sans les 4 mouvements en allemand, et cette fois-ci en ré majeur, date probablement de 1732. L’écriture est extrêmement virtuose pour tous les exécutants, d’une énorme richesse d’affects et de styles et d’une grande densité harmonique et polyphonique. Les chœurs sont à 5 voix tout comme dans la Messe en Si mineur. Chaque mouvement surprend par sa concision et sa concentration ainsi que par la force suggestive de son affect. L’éclat de Magnificat, de Fecit potentes ou de Deposuit contraste fortement avec l’humilité de Quia respexit humilitatem (humilité soulignée d’ailleurs par Luther dans son interprétation du Magnificat), avec l’intimité de l’Esurientes ou de Suscepit Israel, avec la majesté de Sicut locutus est, écrit dans le style « ancien » en allusion à l’Ancien Testament. La fin brusque du dernier chœur Sicut erat in principio et nunc et semper in saecula saeculorum, Amen est surprenante et inattendue.  Il se peut que J.S. Bach veuille faire sentir, par cette brusque « coupure », l’éternité « qui ne finit jamais » (saecula saeculorum). Il en est de même à la fin du Symbolum Nicenum de la Messe en Si (et vitam venturi saeculi. Amen).

 

 

                                                                              Michael Radulescu, Vienne en janvier 2010

 

 

 

 

 

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